Les codes hongrois de la conversation reposent sur une réserve initiale, sur une politesse formelle héritée de l'Autriche-Hongrie et sur une distinction nette entre relations professionnelles et amicales. Un visiteur suisse s'y retrouve assez vite, car la chaleur vient ensuite, souvent autour d'une table.
Les Hongrois placent le nom de famille avant le prénom, y compris dans les documents officiels. Un homme présenté comme Nagy Peter s'appelle Peter Nagy selon nos conventions. Les publications internationales inversent généralement l'ordre, ce qui explique bien des confusions dans les bibliographies et les listes de participants.
La formule jo napot kivanok convient à toute rencontre pendant la journée, tandis que szia s'emploie entre proches, à l'arrivée comme au départ. Le vouvoiement passe par des tournures à la troisième personne. Les titres professionnels et universitaires restent d'usage courant, davantage qu'en Suisse romande.
Une invitation à domicile marque une véritable ouverture et se prépare avec soin. Les chaussures se retirent souvent à l'entrée, et un présent modeste, des fleurs en nombre impair, une bouteille ou des chocolats, accompagne la visite. L'hôte insiste pour resservir, et un refus trop rapide passe parfois pour du désintérêt.
On trinque en disant egeszsegedre entre amis ou egeszsegere dans un cadre formel, en regardant son interlocuteur dans les yeux. Les Hongrois évitent en revanche de choquer les verres de bière, usage rattaché à l'exécution de treize généraux à Arad en 1849, que les officiers autrichiens auraient fêtée en trinquant. La coutume s'est assouplie, mais beaucoup la respectent encore.
Le traité de Trianon, le sort des minorités hongroises des pays voisins, la situation des Roms et la politique intérieure divisent profondément et se discutent avec prudence tant que l'on ne connaît pas ses interlocuteurs. L'humour hongrois, volontiers noir et autodérisoire, désamorce souvent ces tensions.
L'anglais s'est imposé chez les plus jeunes et dans les métiers du tourisme à Budapest. L'allemand reste bien présent dans l'ouest du pays, autour du lac Balaton et chez les générations âgées, ce qui facilite nettement les échanges pour les visiteurs alémaniques. Le français demeure rare en dehors des milieux culturels et universitaires.